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DW : 09x02 - The Witch's Familiar


Scénarisé par Steven Moffat

/!\ Cet article contient des spoilers

Suite et conclusion du diptyque entamé avec The Magician's Apprentice, dans un épisode beaucoup plus théâtral que le précédent. Au centre de cette aventure, deux couples. D'un côté, le scénariste se concentre sur les échanges passionnants que se livrent le Docteur et son ennemi de toujours, Davros, de l'autre nous retrouvons sans surprise Missy et Clara, à travers leur périple au sein de la cité Dalek. L'ouverture de l'épisode sabote d'ailleurs immédiatement le suspense : oui, les deux femmes sont bel et bien vivantes. L'explication donnée répond au monologue entamée par Missy lors de son retour dans l'épisode précédent, et donne raison aux théories qui fusaient lors de sa disparition dans Death in Heaven (saison 8). Cet épisode sera donc beaucoup porté sur les dialogues, il est, comme annoncé précédemment, beaucoup plus théâtral. Le scénariste ne se concentre que sur une poignée de personnages, sur une courte période temporelle et tous regroupés au même endroit, la planète Skaro. Complètement différent de The Magician's Apprentice, The Witch's Familiar démontre une nouvelle fois que Steven Moffat est à l'aise avec différents types de narrations. Moins d'esbroufe, plus d'émotions, l'épisode du jour brille d'une intensité dramatique qui faisait peut-être défaut à la première partie du diptyque.


La première chose à relever concerne le respect du scénariste envers la série classique (celle qui court de 1963 à 1989). Cet attachement ressort dès les premières minutes, lors d'un passage en noir et blanc qui fait rapidement apparaître deux anciennes incarnations du Docteur. De plus, l'épisode étale d'antiques versions des Daleks, ce qui ravira les fans de longue date, un procédé déjà utilisé par exemple dans Asylum of the Daleks (saison 7). Nous retrouvons aussi un "feeling" issu des épisodes classiques, à travers les décors, des couloirs interchangeables et identiques (les égouts de Skaro, ou les corridors des bâtiments de la planète), mais aussi via les effets spéciaux volontairement kitsch, comme les yeux des singes vampires qui brillent dans le noir. Toujours en guise d'hommage, le retour de Davros est significatif, tout comme la faculté que les ennemis du Docteur semblent partager, survivre envers et contre tout, une ficelle scénaristique un peu désuète de nos jours, mais qui concourt au charme de la série. Enfin, comment ne pas citer le protocole du TARDIS qui conclue l'épisode, l'efficace Hostile Action Dispersal System, déjà aperçu dans l'épisode Cold War (saison 7, sa seule apparition dans la nouvelle série depuis 2005). Autant de références qui confèrent à cet épisode un aspect d'épisode classique. Une apparence que le scénariste va, bien entendu, s'amuser à faire voler en éclats.

Pour ce faire, quelques bouleversements de la mythologie de la série ne seront pas de trop. Ainsi, au détour d'une phrase prononcée par Missy, le spectateur apprend que celle-ci a eu une fille. De la même manière, le personnage enfonce le clou en ce qui concerne son changement de sexe, une idée que les fans de la première heure ont toujours du mal à accepter, à travers quelques répliques non dénuées d'humour et de cynisme. Cependant, les plus grands bouleversements surviennent à la fin de l'épisode, dans une explosion de retournements de situation plus gigantesques et dramatiques les uns que les autres. Le Docteur partage son énergie régénératrice avec son ennemi de toujours, les Daleks fusionnent avec l'ADN des Seigneurs du Temps, une prophétie pointant la naissance d'un hybride est mentionnée et le Docteur sauve la vie d'un Davros enfant en lui apprenant la notion de pitié. Beaucoup de choses sont mises à mal dans cet épisode, aussi il convient d'en faire un bilan provisoire. Premièrement, il est désormais évident que le Docteur a influencé Davros en ce qui concerne la création des Daleks. Lorsqu'il revient sur Skaro, équipé d'un canon Dalek et hurlant "exterminer !", il grave cette image guerrière dans l'esprit de l'enfant, qui dotera ses créatures d'un canon du même genre, tout en faisant du verbe "exterminer" un cri de guerre pour son armée d'armes vivantes. Mais l'acte de compassion du Docteur permettra aussi d'inculquer un peu de pitié dans la conception de ces créatures, une action qui explique l'attitude d'un Dalek en saison 5, au cours de l'épisode The Big Bang, durant lequel ce dernier demande pitié à River Song. Deuxièment, le statut des nouveaux Daleks n'est pas évident. Tous semblent mourir à la fin de l'épisode, mais si l'on suit le raisonnement du scénariste, les ennemis du Docteur sont condamnés à revenir. Reviendront-ils alors plus puissants que jamais, animés par l'énergie des Seigneurs du Temps, ou bien ces Daleks sont-ils bel et bien enterrés ? Difficile d'y répondre pour le moment. Un autre bouleversement concerne le mode de fonctionnement des Daleks. L'épisode explique ainsi qu'elle est l'utilité de hurler pour ces monstres, à savoir transformer quand chaque sentiment en outil de mort. Mais la lumière est aussi faite sur l'absence d'individualité des créatures, comme le prouve Clara lorsqu'elle se glisse dans la carcasse d'une créature. Cette action fait d'ailleurs écho à l'épisode Asylum of the Daleks, dans lequel Clara est effectivement un Dalek. Depuis deux épisodes, Steven Moffat fait croire à la mort de Clara, et ce n'est pas anodin. Ceci rejoint les récentes déclarations officielles de la BBC qui a annoncé le départ de Jenna Coleman, ainsi, le scénariste engage une sorte de jeu avec le spectateur, ce dernier s'attendant clairement à la disparition du personnage.

Enfin, le dernier changement, ou apport, au sein de la mythologie de Doctor Who, se cristallise dans le fameux testament du Docteur. Un objet qui ressortira très certainement à l'heure du final de la saison. Oh, j'allais oublier. Le tournevis sonique n'est plus. L'outil intemporel du Docteur se voit désormais remplacé par des lunettes de soleil soniques ! Les forums implosent tant la communauté de fans hurle à l'hérésie. En l'état, c'est pourtant le concept même de la série, l'évolution permanente. Il ne reste plus qu'à voir ce qu'il adviendra de cet outil dans les épisodes suivants.


Si Missy brillait durant la première partie, il est aisé de dire que dans la seconde elle rayonne. S'imposant comme le Joker de l'univers Doctor Who (celui de Batman, hein), le personnage surprend par son imprévisibilité, sa capacité à passer de l'humour à la cruauté en une fraction de seconde. Si le personnage s'avère aussi attachant, c'est parce que le scénariste en fait clairement un second Docteur. En effet, elle reprend son comportement parfois puéril, et va même jusqu'à lui voler certaines répliques ("this won't hurt a bit"). Grâce à cette technique, le spectateur peut parvenir, même inconsciemment, à lui accorder sa confiance, une confiance qu'il verra réduite en cendres lors des actes de trahison du personnage. Car Missy n'est pas un ange, comme elle le rappelle dans l'introduction en avouant qu'il se peut qu'elle dévore Clara (référence à l'épisode spécial The End of Time). Elle prouve sa folie et sa cruauté à plusieurs reprises, lorsqu'elle pousse Clara dans le vide par exemple, lorsqu'elle piège cette dernière dans les entrailles du Dalek ou bien, et c'est le plus terrible, lorsqu'elle incite le Docteur à tuer son amie. Clara traverse tout l'épisode en tant que victime, ou petit animal docile. Le "familier" du titre de l'épisode, "le familier de la sorcière", renvoie clairement à la jeune humaine soumise à la folie de la sorcière, Missy. Mention spéciale pour la cruauté du personnage, qui force Clara à prononcer "I love you", tout en sachant qu'elle avait juré à l'amour de sa vie que jamais elle ne dirait à nouveau ces mots.

La grande force de l'épisode réside dans les échanges entre les personnages. Les acteurs sont tous incroyables, et parviennent à transmettre une large palette d'émotions avec l'aisance la plus folle. Si Clara se fait littéralement dévorer par les autres protagonistes, l'actrice retranscrit à merveille sa peur et son désespoir. Peter Capaldi incarne un Docteur impérial, dévoilant dans les dernières minutes un personnage sûr de lui allant à l'encontre de sa torpeur précédente. Missy, campée par Michelle Gomez, fera clairement date dans l'histoire de la série, tandis que Julian Bleach (Davros) dévoile un jeu d'acteur tout en pudeur, avant de se lâcher pour un final grandiloquent. Tous les acteurs sont supportés par une bande-son que l'on doit comme toujours à Murray Gold et qui, en toute subjectivité, est plus réussie que dans l'épisode précédent. Des cordes lancinantes habillent les échanges entre le Docteur et Davros, tandis qu'une version religieuse du thème musical principal, composée de chœurs, accompagne une scène importante durant laquelle l'accent est mis sur l'importance de Clara, et des compagnons du Seigneur du Temps en général. Des pistes atmosphériques rythment l'ensemble de l'épisode, à la fois aériennes et claustro-phobiques.

Steven Moffat signe tout un travail thématique sur la dualité, une orientation que l'on retrouve dans la construction de la saison, elle-même bâtie autour de doubles-épisodes. Les rapports entre le Docteur et Clara / Missy / Davros, ceux entre Missy et Clara, clairement à la traîne par rapport aux Seigneurs du Temps, les liens qui unissent l'ère classique de la série à sa période moderne, autant de réflexions qu'explore le scénariste. Que faut-il changer ? Que faut-il conserver ? Ce rapport se retrouve dans la construction de ces deux épisodes, clairement opposés en termes de narration, mais aussi dans la réutilisation de ce qui existe déjà (comme la bande-son). The Witch's Familiar se positionne comme l'antithèse de The Magician's Apprentice, ces deux aventures érigent une solide réflexion sur la série et ses techniques de narrations. Mais, et c'est aussi important, il n'oublie pas d'être un excellent épisode, rythmé par des dialogues transcendants qui marquent des ruptures de tons phénoménales, tout en remaniant considérablement la mythologie de la série. En l'état, Steven Moffat n'est pas loin de réaliser l'un des meilleurs démarrages de saison du show, depuis son retour en 2005.


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