Scénarisé par Toby Whithouse
/!\ Cet article contient des spoilers
Après un diptyque d'ouverture aussi dense qu'intense, c'est au tour de Toby Whithouse de signer le double-épisode suivant. Passer après la réussite que constituent les deux aventures précédentes n'est pas simple, tant l'impact fut conséquent. Le scénariste d'Under the Lake a déjà travaillé sur la série, et ce depuis la seconde saison. Il a signé l'épisode qui illustrait les retrouvailles entre le Docteur et une ancienne compagne qui l'accompagnait dans les années 70, Sarah Jane (School Reunion). Il est revenu successivement au cours des saisons cinq, six et sept, via les épisodes The Vampires of Venice, The God Complex et A Town called Mercy. Le point commun entre ces épisodes ? Leur apparent classicisme, au service d'une intrigue efficace, directe et servie par des dialogues maîtrisés. Pour sa participation à la huitième saison, Whithouse propose une aventure anxiogène, influencée par le cinéma fantastique de la fin du siècle dernier, mais pas seulement.
Après un diptyque d'ouverture aussi dense qu'intense, c'est au tour de Toby Whithouse de signer le double-épisode suivant. Passer après la réussite que constituent les deux aventures précédentes n'est pas simple, tant l'impact fut conséquent. Le scénariste d'Under the Lake a déjà travaillé sur la série, et ce depuis la seconde saison. Il a signé l'épisode qui illustrait les retrouvailles entre le Docteur et une ancienne compagne qui l'accompagnait dans les années 70, Sarah Jane (School Reunion). Il est revenu successivement au cours des saisons cinq, six et sept, via les épisodes The Vampires of Venice, The God Complex et A Town called Mercy. Le point commun entre ces épisodes ? Leur apparent classicisme, au service d'une intrigue efficace, directe et servie par des dialogues maîtrisés. Pour sa participation à la huitième saison, Whithouse propose une aventure anxiogène, influencée par le cinéma fantastique de la fin du siècle dernier, mais pas seulement.
La trame de cet Under the Lake mène le Docteur et Clara à bord d'une base sous-marine envahie par de terrifiants fantômes. La série a déjà récemment fait le coup, durant l'excellent épisode de la saison sept, Hide, mais si la thématique spectrale est ici similaire, le développement lui ne pouvait pas être plus à l'opposé. Hommage évident à l'ancienne itération de la série, l'épisode du jour se construit comme une classique histoire de base assiégée, un thème en vogue non seulement au sein de Doctor Who, mais aussi dans le cinéma d'horreur en général (comme les films de John Carpenter, voire le Deep Rising de Stephen Sommers, ou encore le cultissime Alien de Ridley Scott, dont le Vector Petroleum de l'épisode semble être un écho évident). Ici, l'entité ennemie est multiple : des fantômes qui assassinent l'équipage de la base submergée, et dont les victimes deviennent à leur tour des spectres. Cet héritage cinématographique est clairement assumé par le scénariste, qui fait citer "La Cabane dans les Bois" à l'un des personnages, ce qui constitue non seulement un cliché du cinéma horrifique, mais aussi une référence à l'excellent film de Drew Goddard, réalisé en 2012. Outre cet aspect référentiel, l'épisode propose son lot de courses poursuites au milieu de corridors identiques, un aspect déjà présent dans l'aventure précédente du Docteur, ainsi que des séquences traditionnelles prévisibles, comme la main des fantômes qui traversent les parois, ou le personnage de dos qui révèle sa nature monstrueuse lorsqu'il se retourne. Tous ces éléments concourent à coller sur cet épisode un déroulement relativement classique, renvoyant à d'anciens chapitres de la série, tels que The Impossible Planet (saison deux), 42 (saison trois) ou Waters of Mars (épisode spécial). Heureusement, Whithouse modernise drastiquement son récit, grâce à une écriture rafraîchissante et une direction artistique très réussie.
Pour fermer cette parenthèse digressive, il faut relever les hommages appuyés à la série culte Star Trek, d'abord dans la peinture qui apparaît au début de l'épisode (voir les petits personnages qui renvoient clairement à l'équipage de la série suscitée), puis dans l'apparition du matricule du vaisseau spatial, le fameux USS Enterprise (NCC-1701).
Pour fermer cette parenthèse digressive, il faut relever les hommages appuyés à la série culte Star Trek, d'abord dans la peinture qui apparaît au début de l'épisode (voir les petits personnages qui renvoient clairement à l'équipage de la série suscitée), puis dans l'apparition du matricule du vaisseau spatial, le fameux USS Enterprise (NCC-1701).
En effet, l'apparence des fantômes s'avère très soignée, en plus d'être relativement impressionnante. C'est pourtant un concept visuel simple, à savoir des trous béants à la place des yeux, qui fonctionne de manière très efficace. Pour arriver à ce résultat, l'équipe du département des effets spéciaux utilise simplement des outils informatiques afin de modifier directement l'image, et non pas des prothèses. Le rendu est fantastique. De plus, le scénariste accentue l'aspect dérangeant de ces apparitions, en leur faisant répéter de manière inlassable une série de mots qui restent inaudibles, tandis que la réalisation n'exclue jamais les créatures du cadre (soit en les floutant, soit en ne les montrant pas de manière intégrale, comme dans l'épisode Journey to the Centre of the TARDIS par exemple). Ici, la menace est filmée frontalement, voire sublimée par des contre-plongées ou des zooms intenses. De son côté, le récit innove tout d'abord à travers ses personnages secondaires : par exemple, contrairement à des épisodes comme The God Complex ou Flatline, le personnage le plus insupportable ne survit pas. L'équipage est d'ailleurs rapidement différencié, via la présence de protagonistes aux particularités rapidement marquées : une femme grande fan du Docteur, une autre muette, etc... Des particularités qui de plus disposent d'une justification scénaristique, la personne muette pouvant par exemple comprendre ce que répètent les fantômes. Aussi, Whithouse n'oublie jamais de conférer à son épisode une sorte de consistance, de rigueur. C'est-à-dire que des références aux éléments passés sont effectuées, tout en n'oubliant pas de développer correctement le Docteur. Plus précisément, ce dernier fait quelques allusions qui parleront aux fans, tels que les Autons ou les avatars de chairs, sans oublier de démontrer que le personnage ne perçoit pas l'univers de la même manière que les humains : il suffit de voir sa déduction liée à Orion pour s'en convaincre. De même, le scénariste appuie sur le fait que le TARDIS possède son petit caractère, un élément qu'il est plaisant de voir resurgir ponctuellement. Ces petits détails participent grandement à la cohésion du spectacle, et plus encore étant donné qu'ils sont disséminés de manière régulière.


Le Docteur reste cohérent avec lui-même, dans le sens où il est obnubilé par les mystères, un aspect développé dans l'épisode Listen de la saison précédente. Cet aspect fait même de l'ombre au développement que Steven Moffat vient d'asséner au cours des épisodes précédents, à savoir sa compassion. Dans Under the Lake, il oublie ce qu'il vient d'apprendre et ne montre aucun intérêt pour le deuil de l'équipage, ce que Clara ne manque pas de souligner : en résulte une scène comique très efficace, basée sur des mémos qui n'auront pas l'effet escompté. De son côté, la jeune enseignante semble plus en retrait, sans toutefois perdre sa fougue et sa capacité d'adaptation redoutables. Mais ici, elle se détache de cet aspect Doctor Clara qui ne cessait de croître de manière exponentielle tout au long de la saison huit, jusqu'à la fourberie du générique de Death in Heaven. Toujours dans l'optique de prolonger les thématiques abordées au cours des deux épisodes précédents, et ce malgré la volonté du personnage de poursuivre ses aventures aux côtés du Docteur, Clara semble à la traîne. Ainsi, à la fin de l'épisode, c'est impuissante que la jeune femme devra attendre que le Seigneur du Temps vole à sa rescousse, à bord de son TARDIS. Le cliff-hanger n'en est que plus percutant, cette scène finale qui dévoile un Peter Capaldi fantomatique est glaçante, tout en sachant pertinemment que le Docteur n'est pas mort.


La mort, voici un thème qui semble se détacher à travers les trois premiers épisodes de cette saison. Dans le diptyque précédent, c'est un Davros mourant qui lance l'intrigue, tout comme le Docteur évoque son fameux testament, cet objet qui ne devrait s'ouvrir que lors du trépas du Timelord. Steven Moffat poursuit donc une réflexion entamée avec la saison huit, laquelle tournait essentiellement autour du paradis virtuel de la nécrosphère, et dont les derniers épisodes traitaient frontalement de sujets tels que le décès ou le deuil. Matt Smith incarnait la jeunesse du personnage, à travers son comportement enfantin qui renvoyait à une sorte de Peter Pan, tandis que Peter Capaldi symbolise peut-être tout ce qui concerne la fin du protagoniste. Tout ceci entraîne une réflexion qui s'affinera, ou se dissipera, lors de la vision des épisodes suivants.
Dans un registre plus joyeux, Murray Gold se fait plaisir, et nous gâte par la même occasion, grâce à la composition d'une bande-son rétro mettant à l'honneur d'excentriques synthés et des percussions oppressantes qui concourent à l'ambiance claustrophobe de l'épisode. Anxiogène et étouffante, la musique se veut aussi un excellent outil quand il s'agit de poser une atmosphère. Ainsi, certains pistes atmosphériques sont plus discrètes : parfois solennelles, parfois dérangeantes, ces musiques habillent idéalement les couloirs hantés de la base sous-marine. Les quelques reprises du thème principal, qui surgissent parfois au détour d'une scène, restent toujours d'une qualité remarquable, la faute au thème initial, qui se voit à chaque fois transcendé.
Seul regret, la bande de personnages secondaires qui ne brille peut-être pas assez et s'efface devant le duo principal. La faute à des individus un peu trop stéréotypés, cependant il convient de voir l'épisode suivant et de constater la manière dont ils seront exploités durant cette seconde partie. Outre cet aspect quelque peu mis de côté, Under the Lake s'approche du sans faute, donnant l'illusion d'un épisode classique dont la présence s'avère salvatrice après le combo précédent, mais ponctuant son intrigue de détails malins qui renouvellent régulièrement l'intérêt. Cependant, il faudra une nouvelle fois une vision d'ensemble avant de pouvoir juger de manière globale l'histoire inventée par Toby Whithouse. En l'état, c'est un très agréable moment que l'auteur nous convie à partager avec les personnages de la série, presque une heure pleine à ras-bord de mystères, d'humour, de suspense... et de lunettes soniques.
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